L’évolution du Théâtre Saint-Michel  appelé aujourd’hui : NOVUM

En 1932 : Bâtir un théâtre moderne

C’est au début des années 30 que germe l’idée de bâtir une grande salle pour le collège en vue d’y accueillir tous les élèves et leurs parents.

Inaugurée en 1932, l’architecte A. Frans Hemelsoet conçoit une salle Art Déco d’une grande cohérence formelle, capable d’accueillir près de 1.800 spectateurs répartis entre un vaste parterre et deux balcons supérieurs en « U ».

La conception est dite « wagnérienne ». Le terme mérite explication. Il ne renvoie pas à un décor emphatique, mais à une philosophie de l’espace,  héritée des théories théâtrales liées à Richard Wagner : orientation frontale stricte, concentration du regard vers la scène, suppression des loges latérales ostentatoires, sobriété ornementale pour éviter toute distraction. Le spectateur n’est pas là pour se montrer ; il est là pour voir et entendre. L’architecture devient caisse de résonance dramatique.

La scène impressionne par ses proportions presque symboliques : 12 mètres d’ouverture au cadre, 12 mètres de profondeur, 12 mètres de hauteur. Un proscénium recouvre la fosse d’orchestre, permettant aussi bien des spectacles parlés que musicaux. Le cadre de scène noir, rectiligne, profilé à redents, affirme l’esthétique Art Déco. Les garde-corps en ferronnerie, les moulures en béton armé, les luminaires géométriques et le plafond en léger berceau complètent un ensemble où la rigueur domine l’apparat.

Des décennies de spectacles et d’expériences

Le Théâtre accueille longtemps des spectacles avec orchestre, des opérettes, des concerts, mais aussi des représentations d’élèves et d’anciens du Collège. La salle devient un rite de passage pour plusieurs générations.

Certaines initiatives dépassent le cadre attendu. En mars 1976, Bernard de Coster met en scène Caligula dans le hall même du théâtre avec une troupe universitaire. Le public ne s’installe plus face à la scène traditionnelle : il investit l’espace d’accueil. L’architecture, pensée pour canaliser, se laisse détourner. L’anecdote reste comme un moment d’audace, preuve que le lieu autorise l’expérimentation.

Au fil des années, la gestion évolue.

En 1993, l’ASBL Salle Culturelle Saint-Michel confie la direction à Christian Gérard, assisté de Roland Bekkers. Ils développent une programmation ouverte aux auteurs belges. L’Enseigneur de Jean-Pierre Dopagne, interprété par Alexandre Von Sivers, y rencontre un public large. La salle accueille également des concerts philharmoniques, des conférences et des projections documentaires.

En 1997, Antonio Vilardi reprend l’exploitation. Il noue des liens avec des tournées parisiennes et lance, avec Albert Maizel, l’abonnement des « Théâtrales ».

L’objectif est d’inscrire le lieu dans un réseau professionnel plus large. En 2001, il participe à la co-fondation du Brussels Philharmonic Orchestra, signe que le théâtre s’inscrit aussi dans une dynamique musicale structurée.

En janvier 2013, une nouvelle phase s’ouvre sous l’impulsion de Cédric Juliens et Thibaut Nève. Leur ligne repose sur trois piliers : maintenir l’outil en état de fonctionnement, assurer l’équilibre financier par la location et développer une programmation propre en accueils ou co-productions.

Des travaux sont entrepris sur le plateau, dans la salle et au bar. L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’adaptant aux normes contemporaines. Mais les contraintes réglementaires s’intensifient. Fin 2018, faute de pouvoir réaliser les mises aux normes nécessaires dans les délais impartis, le théâtre ferme ses portes. Le rideau tombe sans savoir quand il se relèvera.

Une léthargie de cinq ans

La fermeture laisse un vide. Le bâtiment demeure, intact mais silencieux. Plusieurs pistes de gestion sont étudiées sans aboutir immédiatement. Entre exigences techniques, responsabilités juridiques et équilibre financier, la relance d’un théâtre de cette taille ne s’improvise pas. La salle, conçue pour concentrer l’énergie d’un millier de personnes, reste suspendue dans l’attente.

2024 : le passage de relais

En 2024, une équipe bénévole composée de cinq anciens du Collège Saint-Michel décide de relancer le lieu via l’ASBL Novoculture. Le Théâtre Saint-Michel cède le relais au NOVUM.

Le nom n’est pas choisi au hasard. Il renvoie au Collegium Novum, appellation historique du Collège (qui deviendra « Saint-Michel ») inauguré à Etterbeek en 1905. Il désignait alors un établissement moderne et spacieux succédant aux implantations précédentes. Un siècle plus tard, le terme retrouve sa pertinence : il ne s’agit pas de rompre avec l’histoire, mais d’ouvrir un nouveau chapitre.

La capacité est ramenée à 1.100 places : le deuxième balcon n’est plus accessible au public pour des raisons de sorties de secours non conformes. Le bar et l’espace festif sont réactivés. L’objectif n’est pas de transformer radicalement l’architecture, mais de remettre en marche un outil patrimonial en l’adaptant progressivement.

La ligne directrice est assumée : une politique des petits pas. Pas de révolution spectaculaire. Pas de promesse démesurée. Sécuriser. Mettre aux normes. Rénover progressivement. Tester des usages. Consolider l’équilibre économique. Le projet est indépendant dans sa gestion, mais il reste lié à l’école.

Le Collège Saint-Michel y conserve un usage prioritaire pour ses activités. En dehors des temps scolaires, le NOVUM met ses espaces à disposition d’organisateurs externes. Les événements qui s’y tiennent n’ont aucun lien institutionnel avec le Collège ni avec la Compagnie de Jésus, propriétaire des murs.

Cette organisation hybride constitue la singularité du lieu : à la fois enraciné dans son histoire éducative et ouvert à la société civile.

Un outil rare à Bruxelles

Avec 1.100 places frontales, le NOVUM demeure l’un des plus grands théâtres bruxellois en configuration entièrement de face. L’esprit wagnérien originel subsiste : visibilité homogène, concentration sur la scène, absence d’effet de parade sociale.

À côté du grand théâtre, le « salon rouge » permet des formats plus intimistes, répétitions ou stand-up. Le péristyle et le bar offrent un espace modulable pour conférences, réceptions, soirées et événements hybrides.

L’équipe est entièrement bénévole. Elle assure coordination, gestion et suivi technique avec pragmatisme. La réouverture ne marque pas la fin des défis : rénovations techniques, modernisation des équipements son et lumière, amélioration du chauffage, mise à jour des installations électriques, réfection de sanitaires. Le chantier est progressif.

Le NOVUM ne revendique pas une ligne artistique exclusive. Il accueille conférences, concerts, comédies musicales, spectacles d’humour, galas, projections, événements d’entreprise ou soirées privées. Il se définit d’abord comme un espace à disposition.

Cette position est volontaire. Elle permet d’assurer la viabilité économique tout en respectant la vocation première du lieu : rassembler un public nombreux autour d’un événement partagé.

Vous ne reviendriez pas y faire un tour par hasard ?

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